Introduction Les industries culturelles crÈatives occupent une place croissante dans les agendas de dÈveloppement en Afrique. Selon l'UNESCO (2023), le secteur de la mode et du textile africain reprÈsente un potentiel Èconomique considÈrable, portÈ par une demande mondiale en forte expansion et par la richesse des savoir-faire locaux. La CNUCED estime par ailleurs que les industries crÈatives constituent l'un des secteurs ‡ plus forte croissance dans le commerce mondial, avec une valeur des exportations africaines encore trËs en deÁ‡ de leur potentiel rÈel. Pourtant, dans les Èconomies ouest-africaines, cette dynamique globale peine ‡ se traduire en bÈnÈfices concrets pour les producteurs primaires, et en particulier pour les femmes artisanes qui constituent la colonne vertÈbrale des filiËres culturelles informelles. Le pagne tissÈ au BÈnin, le faso dan fani au Burkina Faso, les textiles akan et sÈnoufo en CÙte d'Ivoire, et le bogolan au Mali en offrent des illustrations saisissantes : des savoir-faire reconnus ‡ l'Èchelle internationale, une production assurÈe en grande partie par des femmes, et une valeur Èconomique captÈe majoritairement par des intermÈdiaires extÈrieurs ‡ la communautÈ des productrices. Cette note propose d'analyser ce paradoxe ‡ l'Èchelle de la CommunautÈ …conomique des …tats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et d'identifier les leviers institutionnels et politiques permettant d'y remÈdier. Elle mobilise deux concepts opÈrationnels complÈmentaires : l'intelligence Èconomique territoriale, qui dÈsigne la capacitÈ des acteurs d'un territoire ‡ identifier, cartographier et valoriser leurs actifs stratÈgiques, et le marketing territorial, qui recouvre l'ensemble des stratÈgies permettant de positionner ces actifs sur les marchÈs rÈgionaux et internationaux. ArticulÈs autour d'une perspective de genre explicite, ces deux outils constituent un cadre d'action inÈdit pour transformer les ICC en leviers d'autonomisation Èconomique pour les femmes artisanes d'Afrique de l'Ouest.
- Une valeur Èconomique rÈelle, des productrices invisibilisÈes
Les ICC en Afrique de l'Ouest gÈnËrent une valeur Èconomique territoriale substantielle ‡ plusieurs Èchelles.
Au niveau local, elles structurent des circuits d'Èchange, organisent des formes de redistribution informelle et
constituent une source de revenus complÈmentaires pour des millions de mÈnages. Au niveau rÈgional, elles
alimentent des flux commerciaux transfrontaliers significatifs, notamment dans les pays de l'UEMOA o˘ les pagnes
tissÈs circulent entre les marchÈs du BÈnin, du Burkina Faso, de la CÙte d'Ivoire et du Mali (OMC, 2010). Au niveau
international, elles nourrissent une demande croissante portÈe par les diasporas africaines et par l'engouement
mondial pour la mode Èthique et le patrimoine culturel.
Ce que les femmes produisent Ce que les intermÈdiaires captent
Filage et prÈparation des fibres naturelles
Achat ‡ bas prix aux productrices
Teinture artisanale des fils et Ètoffes
Revente avec forte marge sur marchÈs urbains
Conception et transmission des motifs
Export informel sans traÁabilitÈ pour les artisanes
Commercialisation sur les marchÈs locaux
Appropriation de la notoriÈtÈ des produits
Les femmes artisanes assurent l'essentiel de la production, mais leur contribution demeure invisible dans les
statistiques Èconomiques nationales, qui ne disposent pas d'outils de mesure adaptÈs ‡ l'Èconomie informelle
culturelle. Cette invisibilitÈ statistique redouble une invisibilitÈ Èconomique structurelle